Rencontre avec deux adorables lapins lors de l’atelier « Un animal, des anim’mots » à l’IME La Fleuriaye.

À la découverte de la médiation animale : outil thérapeutique en IME

Depuis quelques années les éducateurs des IME du Dispositif Médico-Éducatif de l’association ont mis en place des ateliers de médiation animale.

À la rencontre des animaux

Il est 9h, malgré le temps plutôt maussade les jeunes de l’IME Alexis Ricordeau ont hâte d’aller dehors. Aujourd’hui, comme tous les mardis, c’est équitation. « Deux groupes de 4 jeunes y participent à l’année » précise Isabelle, éducatrice et intervenante sur les ateliers de médiation animale à l’IME Alexis Ricordeau et La Fleuriaye. « Le groupe du matin, EQUI’SENS, a pour objectif de partir en randonnée sur une journée au mois de juin. D’autres années, les jeunes ont travaillé sur l’obtention du Galop 1, un diplôme fédéral qui reconnait les premiers savoirs en équitation avec une partie théorique (anatomie du cheval, langage équestre, règle de sécurité…) et une partie pratique où le jeune doit savoir diriger son cheval aux trois allures (pas, trot et galop). »

Les jeunes du groupe de l’après-midi, EQUI’LIBRE, préparent quant à eux un spectacle de voltige pour la fin d’année.

Une séance commence toujours par les soins (nourrir et brosser) les poneys. Ensuite, en fonction du temps et des envies des jeunes, des besoins du moment, ils peuvent aller faire une balade dans le parc de l’IME, faire un parcours dans un espace déterminé, préparer les costumes pour le spectacle, rencontrer des professionnels de l’équitation (vétérinaire, dentiste, maréchal ferrant, ostéopathe, éleveur…) entretenir le matériel, ou lorsqu’il pleut, regarder un film ou un documentaire sur le monde équestre.

Une fois par mois, ils vont également au centre équestre de Varades pour participer à un cours encadré par une monitrice. Pour les autres séances, celles qui se déroulent à l’IME, les jeunes travaillent avec Havane et Isidore, les deux poneys de l’IME.

À Carquefou, le rythme est différent. Ne bénéficiant pas de poneys sur le site, deux groupes de 4 jeunes âgés de 14 à 18 ans, profitent des congés de leurs enseignants pour faire de l’équitation au centre équestre de la Fleuriaye, voisin de l’IME, encadré par une monitrice du club et leurs éducateurs. L’objectif de ces séances est de pouvoir emmener les jeunes en balade le long des bords de l’Erdre. Chez les plus jeunes, 3 enfants, de 7 à 9 ans, participent chaque mercredi à un cours d’initiation à l’équitation.

Les exercices de voltige équestre permettent aux jeunes de l’IME Alexis Ricordeau de développer leur motricité.

Les exercices de voltige équestre permettent aux jeunes de l’IME Alexis Ricordeau de développer leur motricité.

La médiation animale késako ?

La médiation par l’animal est un outil de travail intéressant car il permet au jeune de se décentrer de lui, de sa problématique et de ses difficultés afin de se concentrer sur l’animal. L’activité nécessite un ancrage dans le présent et la réalité. Un lien particulier va se créer au fil des séances entre le jeune et l’animal ce qui va lui permettre d’éprouver de nouvelles sensations et de nouvelles expériences positives qui pourront lui servir par la suite dans son quotidien.

Les bienfaits sont multiples : apaisement, diminution de l’angoisse et du stress, augmentation de la concentration voire acquisition d’apprentissage. Isabelle nous raconte comment une jeune a réussi, grâce à l’équitation, à apprendre à différencier sa droite de sa gauche : « En classe et en atelier, différentes méthodes avaient été tentées pour l’aider à se repérer. En début d’année elle ne savait pas reconnaitre la droite et la gauche. Nous étions obligées de lui mettre des gommettes de couleur sur ses gants afin de l’aider. Et au fur et à mesure des séances, elle s’est rendu compte que cela avait de l’importance pour pouvoir diriger son poney et faire le parcours comme les autres. En fin d’année, elle éprouvait bien moins de difficultés. C’était devenu davantage automatique. »

Pour Malika, adjointe de direction de l’IME & SESSAD Alexis Ricordeau, cela favorise aussi l’apprentissage des interactions sociales. « La médiation animale permet de découvrir des ressources de communication apaisées pour ces jeunes qui ont, pour la plupart d’entre eux, des difficultés à se relaxer, à interagir, à parler, à s’identifier, et à identifier l’autre. Leur rapport au monde est différent de la majorité des personnes, les codes sociaux sont difficiles à comprendre. L’animal, tout comme eux, a ses propres codes selon son espèce. L’animal n’a pas de préjugé, juste des appréhensions liées à son instinct primaire. Les jeunes peuvent en toute confiance se confier par leurs gestes et/ou la parole, selon leurs capacités, sans jamais d’autres attentes de la part de l’animal si ce n’est d’accepter ces échanges corporels. Les bienfaits sensoriels permettent pleinement ce travail de reconnaissance, de confiance et d’estime de soi. »

La médiation animale permet également de faire changer le regard des autres sur le handicap. L’estime de soi des jeunes est boostée grâce aux progrès qu’ils font. Quelle fierté en fin d’année quand on a des difficultés à l’école de pouvoir montrer aux autres qu’on a obtenu son galop 1 ! Quelle fierté aussi de voir de l’admiration dans le regard de sa famille, de ses copains et des autres éducateurs quand on sait se mettre debout sur un cheval lors d’une démonstration de voltige.

L’atelier « Un animal, des anim’mots » permet aux jeunes de l’IME La Fleuriaye de prendre soin de lapins et furets.

L’atelier « Un animal, des anim’mots » permet aux jeunes de l’IME La Fleuriaye de prendre soin de lapins et furets.

Un animal, des anim’mots

Autre ambiance cette fois, il est 10h30 à Carquefou et le soleil est au rendez-vous. Pourtant les 9 jeunes, âgés de 12 à 20 ans, n’ont pas envie de sortir, ils patientent calmement en attendant l’arrivée de leurs camarades à quatre pattes.

Carine, l’intervenante de l’association « un animal des anim’mots » arrive chargée de plusieurs cages de transport et d’une grande valise. Les enfants se réunissent dans le calme autour des tables et doivent deviner qui se cache à l’intérieur. « Nous devons essayer de deviner le nom des petits occupants des cages. » Nous confie Isabelle, éducatrice, « Parfois c’est difficile car les pelages se ressemblent ! Mais chacun a ses préférés et les jeunes sont assez forts pour reconnaitre les petites frimousses… ». Cette fois-ci ils vont pouvoir prendre soin de 2 lapins et de 2 furets. Sur une autre table sont disposés des jeux, des coloriages et des livres sur les animaux. Les enfants peuvent ainsi choisir l’activité qui leur fait envie.

À l’IME Alexis Ricordeau, Carine, intervient cette fois auprès de 6 jeunes âgés de 12 à 20 ans. « Si les premières approches avec les furets et les lapins ont suscité de l’intérêt chez les jeunes, il n’en demeure pas moins que le comportement imprévisible des animaux a pu générer de l’appréhension voir de l’inquiétude chez certains. » nous raconte Malika, adjointe de direction de l’IME. « Les jeunes ont besoin de les rencontrer petit à petit pour connaitre leur rapport au monde. Les réactions d’un furet ou celles d’un lapin ne sont pas les mêmes. Leurs approches est donc différente. Carine l’animatrice de l’association a permis une progression dans le lien entre l’animal et le jeune. Les uns et les autres ont pris ce temps nécessaire pour passer d’un câlin rapide et furtif à un contact plus important (poser l’animal sur ces genoux, respecter son rythme de respiration, mettre de la douceur dans ses gestes, se détendre pour favoriser la détente de l’animal, communiquer par les gestes et la parole, ajuster sa posture…). Cette démarche a généré une confiance réciproque. Les chiens loups, de corpulence plus importante ont fait leur apparition par la suite. Leur taille et ce qu’ils représentent dans l’imaginaire collectif a de nouveau engendré des peurs et de l’inquiétude chez les jeunes. Après un temps long d’apprivoisement, les jeunes  ont réussi à dépasser leurs angoisses pour réussir à les brosser, les promener en laisse dans le parc, poser leur tête sur l’animal et tout cela avec la plus grande sérénité. »

L’association « un animal des anim’mots » intervient une fois par semaine à l’IME La Fleuriaye et l’IME Alexis Ricordeau. Créée le 1er septembre 2016, son but est « de travailler sur la relation entre l’homme et l’animal, afin d’en puiser les meilleurs bénéfices pour les deux parties. Nous travaillons avec des animaux très variés, parce que nous pensons que chaque animal apporte ses propres bienfaits liés aux caractéristiques de son espèce et à sa propre personnalité. »

La médiation animale favorise les liens naturels qui existent entre l’homme et les animaux.

La médiation animale favorise les liens naturels qui existent entre l’homme et les animaux.

Un bilan très positif des différents ateliers

« Il s’agit de ma cinquième année sur l’atelier équitation. Je suis toujours très fière en fin d’année quand je vois tous les efforts qu’ils ont pu fournir et toutes les choses qu’ils ont pu apprendre. Les jeunes m’impressionnent vraiment. Ils savent se dépasser et s’investir pleinement dans l’activité. Il y a des hauts et des bas au cours de l’année, mais nous sommes une équipe et nous allons au bout, ensemble, pour atteindre l’objectif fixé. C’est un réel échange et un partage de confiance, entre les jeunes et nous, entre l’Homme et l’animal. » – Isabelle, éducatrice à l’IME Alexis Ricordeau et La Fleuriaye.

« Le bilan est très satisfaisant. Les jeunes développent de nombreux apprentissages (sensoriel, soin de l’animal et par conséquence de soi-même). Dans la médiation animale il y une approche collective qui par mimétisme permet aussi aux jeunes de dépasser leurs peurs. L’expérience est évolutive et positive avec un vrai développement relationnel. Au fil des séances l’animal reconnait les jeunes et accepte leur manière respective qu’ils ont pour l’approcher. » – Malika, adjointe de direction de l’IME &SESSAD Alexis Ricordeau.

Rencontre avec un chien loup lors de l’atelier « Un animal, des anim’mots » à l’IME Alexis Ricordeau.

Rencontre avec un chien loup lors de l’atelier « Un animal, des anim’mots » à l’IME Alexis Ricordeau.

 

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